<< Maîtriser l’exportation de photos selon des critères précis

Dans le tutoriel précédent, j’ai couvert les principes de base nécessaires pour maîtriser l’exportation de photos en respectant des critères précis de formats et de dimensions.  Comme je l’ai mentionné, les résultats obtenus seront tout à fait satisfaisants pour une utilisation régulière.  Par contre, à l’occasion, on désire obtenir le meilleur rendu possible pour une photo qui nous plaît particulièrement ou pour un tirage spécifique.  Je vais donc m’attarder maintenant  à une procédure qui nous permettra d’obtenir un rendu de qualité supérieure.

Un flux de travail différent

Celle-ci fait appel à un flux de travail plus élaboré que ce que la plupart d’entre nous utilisons d’habitude.  Il s’agit de réaliser certaines tâches spécifiques (réduction des dimensions, réduction du bruit et accentuation) sur des fichiers bitmaps en lieu et place des fichiers RAW.  Photoshop, Affinity et autres logiciels de traitements de l’image de ce type deviennent alors les outils à privilégier.  Je souligne ici l’importance d’utiliser des logiciels en mesure de travailler avec des fichiers en 16bits.  Depuis sa version 2.10, Gimp est en mesure de le faire.

L’impression d’un tirage de petite taille et l’affichage électronique – écran ou WEB

Flux de travail suggéré :

  • Développement optimisé du fichier RAW (Lightroom ou Camera RAW, Capture One, DXO Photo Lab, etc.)
  • Exportation d’un fichier TIFF 16 bits aux dimensions nominales (aucune réduction ou agrandissement)
  • Réduction de l’image aux dimensions finales visées (Photoshop, Affinity, Gimp, etc.)
  • Réduction du bruit et accentuation
  • Exportation du fichier final

Développement optimisé du fichier RAW

Les logiciels de traitement de fichiers RAW (Lightroom, Capture One, Luminar, DXO Photo Lab, On1 Photo RAW, Darktable, etc.) permettent de tirer avantage des données brutes du capteur enregistrées dans un fichier RAW.  La première étape consiste donc à optimiser le développement de ces données brutes pour obtenir une photo qui répond à notre vision de la scène. Le traitement non destructif de ces données offre toute la souplesse nécessaire pour y arriver. 

Attardons-nous ici à deux aspects importants du traitement des photos : l’accentuation (sharpening) et la réduction du bruit.  La plupart de ces logiciels offrent des outils plus ou moins élaborés et performants pour effectuer les ajustements souhaités.  Ceux-ci sont appliqués de façon non destructive sur le fichier brut à la résolution nominale du cliché.

Malheureusement, on risque une perte plus ou moins prononcée de détails lorsqu’on procède à une réduction des dimensions de l’image ou la création d’artéfacts si on utilise des réglages trop agressifs de ces outils.  Je dois avouer que, encore récemment, j’avais tendance à m’inscrire dans cette pratique de réglages un tantinet trop élevés…

Pour s’en convaincre, procédons à l’exercice suivant.  Le traitement du fichier RAW (Olympus OmD-em5 mkII @ 5000 ISO) a été effectué dans Lightroom Classic CC.

Réglages de base
Réglages de base – Netteté : Gain = 25, Rayon = 1,0, Détail = 25 Réduction du bruit : Luminance = 0, Couleur = 11
Accentuation élevée
Accentuation élevée – Netteté : Gain = 72, Rayon = 0,5, Détail = 100
Réduction de bruit élevée
Réduction de bruit élevée – Réduction du bruit : Luminance = 54, Détail = 83 Couleur = 56
Accentuation et réduction de bruit élevées
Accentuation et réduction de bruit élevées – Netteté : Gain = 72, Rayon = 0,5, Détail = 100 – Réduction du bruit : Luminance = 54, Détail = 83 Couleur = 56

Il est donc préférable de s’en tenir aux réglages de base prévu dans le logiciel utilisé, ou de demeurer dans des valeurs conservatrices à l’accentuation de circonvolution qui évitent la création d’artéfacts et la perte de détails lors de la réduction du bruit.

Exportation d’un fichier TIFF 16 bits

Nous avons en main un cliché bien développé qui ne présente aucun artéfact indésirable.  L’étape suivante consiste à exporter le fichier selon les paramètres suivants :

Fichier TIFF 16 bits, Prohoto RGB, aucun redimensionnement, aucune accentuation.

LR_Tiff

Réduction de l’image

Il faut maintenant procéder à la création de l’image aux dimensions souhaitées.  J’introduis ici un concept peu connu, mais très important.  Pour obtenir une qualité optimale lors de la réduction des dimensions d’une image, il serait préférable de procéder en deux étapes.  La première étape consiste à obtenir une image intermédiaire qui correspondra à 1.67 fois les dimensions finales cibles.  La dernière étape réduira la photo aux valeurs (en pixels) visées.  Un petit passage par les maths (encore!) devient donc nécessaire. 

Impression (tirage papier de petite taille)

Dans cet exercice, nous devons inverser la démarche proposée dans le tutoriel précédent.  Les dimensions du support physique et la résolution de l’impression deviennent la base des calculs à effectuer.  Elles nous permettent de déterminer les dimensions finales en pixels.  Nous devons multiplier ensuite ces dimensions par 1.67 pour obtenir les dimensions (toujours en pixels) de l’image intermédiaire.

Impression d’une photo de 5po X 7po @ 300dpi :

Dimensions finales : (Hauteur X dpi) X (Largeur X dpi) = (5 X 300) X (7 X 300) = 1500px X 2100px

Dimension intermédiaires : (1500px X 1.67) X (2100px X 1.67) = 2500px X 3500px

Affichage numérique (écran ou diffusion WEB) :

Dimension finales : 1920px X 1080px

Dimensions intermédiaires : (1920 X 1.67) X (1080 X 1.67)  = 3200px X 1800px

Le pas à pas dans Photoshop (Affichage numérique)

  1. Ouvrir le fichier Tiff 16bits;
  2. Créer un copie de travail (Image > Dupliquer);
  3. Réduire l’image aux dimensions intermédiaires (Fichier > Automatisation > Adapter l’image…);

  1. Réduire l’image aux dimensions finales (Fichier > Automatisation > Adapter l’image…).

 

Vous devrez adapter la façon de réaliser chaque étape selon le logiciel utilisé.  Les outils offerts ici par Photoshop permettent d’automatiser cette procédure, ce qui ouvre la possibilité de traitements par lots.

Réduction du bruit et accentuation

Nous disposons maintenant du fichier qui sera utilisé pour l’impression de tirages de petite taille ou la diffusion numérique.  Nous pouvons nous attaquer à la réduction d’un éventuel bruit encore présent et procéder à l’accentuation finale. 

Différentes options sont disponibles.  Outre les outils proposés directement par le logiciel utilisé, les plug-ins DFine et Sharpener Pro de la collection Nik Software offrent des performances relevées.  Si vous avez l’opportunité de posséder une copie de la version gratuite offerte auparavant par Google, n’hésitez pas à vous en servir.  Une version mise à jour pour régler tout problème de compatibilité est également disponible maintenant chez DXO.  

Chacun est libre ici d’utiliser la méthode d’accentuation qui lui convient.  Je me permets cependant de recommander de procéder en utilisant une copie du calque d’arrière-plan et de régler son mode de fusion à luminosité.  Le réglage d’opacité permettra de peaufiner le résultat.

Exportation du fichier final

Procédons enfin à l’enregistrement du fichier définitif.

Fichier destiné à un prestataire de service régulier : fichier jpg, 8bits en sRGB.  Ces paramètres sont également valables pour la diffusion numérique.  Nous devons donc :

  • Convertir le profil couleur au sRGB;

  • Réduire la profondeur de couleur (de 16bits à 8bits);

  • Enregistrer le fichier jpg.

Fichier destiné à un prestataire professionnel : fichier TIFF, 16bits en Adobe 1998 ou Prophoto RGB.

L’impression d’un tirage de grande taille

L’impression de tirages de grande taille fait appel à une approche différente, ne serait-ce que parce que la totalité des pixels disponibles seront probablement utilisés.  Une autre considération entre également en ligne de compte dans le choix des réglages qui seront utilisés.  En effet, compte tenu de la distance à laquelle le tirage sera observé,  une résolution plus faible que 300dpi peut s’avérer tout-à-fait acceptable.  On devrait éviter cependant d’aller en deçà de 150dpi.

Flux de travail suggéré :

  • Développement optimisé du fichier RAW (Lightroom ou Camera RAW, Capture One, DXO Photo Lab, etc.)
  • Exportation d’un fichier TIFF 16 bits aux dimensions nominales (aucune réduction ou agrandissement)
  • Redimensionnement de l’image aux dimensions finales visées (Photoshop, Affinity, Gimp, etc.)
  • Réduction du bruit et accentuation
  • Exportation du fichier final

 

Développement optimisé du fichier RAW (Lightroom ou Camera RAW, Capture One, DXO Photo Lab, etc.)

Les mêmes considérations s’appliquent ici en regard de l’accentuation et il est donc préférable de s’en tenir aux réglages de base prévus dans le logiciel utilisé, ou de demeurer dans des valeurs conservatrices qui évitent la création d’artéfacts. 

Par contre, il devient tout-à-fait pertinent de profiter au maximum des capacités de réduction de bruit du logiciel utilisé (particulièrement le traitement Prime de la version Elite de DXO Photo Lab) lorsque nécessaire.

Exportation d’un fichier TIFF 16 bits aux dimensions nominales

Utilisez les paramètres suivants : fichier TIFF 16 bits, Prophoto RGB, aucun redimensionnement, aucune accentuation. (Exemple DXO Photo Lab)

Redimensionnement de l’image aux dimensions finales visées (Photoshop, Affinity, Gimp, etc.)

Créer une copie de travail.  Redimensionner ensuite l’image aux dimensions désirées en indiquant la résolution requise.  Dans Photoshop, Image > Taille de l’image… sélectionner le ré-échantillonnage Bicubique plus lisse (agrandissement) ou Bicubique dégradés lisses en cas de réduction.

Lorsque les dimensions finales sont près des valeurs originales, il peut être préférable de jouer avec la résolution pour obtenir les dimensions désirées.  On évite ainsi un ré-échantillonnage.

Réduction du bruit et accentuation

Si ce n’est pas déjà fait, procédez à la réduction de bruit selon la méthode qui vous convient. 

C’est à cette étape qu’il faut compenser la perte de netteté de l’image que l’impression sur papier occasionnera.  Ici encore, je recommande de procéder à l’accentuation requise sur une copie du calque d’arrière-plan et de sélectionner le mode de fusion Luminosité.  N’oubliez pas  d’ajouter un masque de fusion à ce calque pour masquer les zones qui ne nécessitent pas d’accentuation (à plats, dégradés ou bokeh). 

Différentes méthodes sont disponibles.  Utilisez celle qui vous offre le résultat qui vous donne satisfaction.  La règle essentielle, c’est d’éviter la création d’artéfacts.

Exportation du fichier final

Procédons enfin à l’enregistrement du fichier définitif.

Fichier destiné à un prestataire de service régulier : fichier jpg, 8bits en sRGB.  Ces paramètres sont les mêmes que ceux utilisés pour la diffusion numérique.  Nous devons donc :

  • Convertir le profil couleur au sRGB ;
  • Réduire la profondeur de couleur (de 16bits à 8bits);
  • Enregistrer le fichier jpg.

Fichier destiné à un prestataire professionnel : fichier TIFF, 16bits en Adobe 1998 ou Prophoto RGB.

Inutile de mentionner que je n’ai fait qu’effleurer le vaste champ de l’optimisation d’images pour l’impression et l’affichage électronique de diverses tailles.   Mon but avec ce tutoriel : vous proposer une démarche simple pour obtenir un rendu de qualité supérieure.  Il est le fruit de mes recherches, de formations et d’échanges avec des spécialistes du domaine de la photographie et de l’impression.  J’espère qu’il vous sera utile.

Enfin, si vous avez l’habitude de confier l’impression de vos photos à un prestataire professionnel, n’hésitez pas à lui demander conseil et prêtez toujours une oreille attentive à ses recommandations.